Une certification n’est pas une compétence

Une des erreurs les plus faciles à faire en alpinisme, c’est de croire qu’avoir terminé un cours te rend automatiquement compétent.

Ce n’est pas le cas.

Les cours sont importants.
J’en ai complété plusieurs avec Attitude Montagne et j’y ai appris énormément.
Mais un cours n’est pas la destination.
C’est l’introduction.

La réalité inconfortable, c’est que personne ne devient compétent en navigation, en sauvetage en crevasse, en évaluation avalanche, en systèmes de corde ou en nœuds après l’avoir fait une seule fois.
Tu deviens compétent en le faisant à répétition.
Puis en le répétant encore.
Et encore.
Et encore.
Longtemps après la fin du cours.

Le problème avec les cours

La plupart des formations sont conçues pour introduire des concepts.
C’est exactement ce qu’elles devraient faire.

Le problème, c’est ce qui arrive ensuite.
Beaucoup de gens quittent un cours avec confiance parce qu’ils ont réussi une compétence une fois sous supervision.
Malheureusement, les montagnes ont une vilaine habitude d’enlever l’instructeur.
Et la salle de classe.
Et la météo parfaite.

La montagne se fout que tu aies réussi le cours.
Elle veut savoir si tu peux encore exécuter la compétence six mois plus tard.

La navigation est un bon exemple.

J’ai un GPS.
J’ai aussi une boussole.

De temps en temps, je vais volontairement pratiquer la navigation au mont Orford.
Pas parce que je suis perdue.
Parce que je ne veux pas que la première fois où j’ai vraiment besoin de ces compétences soit aussi le jour où je découvre que je les ai oubliées.

La technologie est fantastique.
Jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus.

Les batteries meurent.
L’électronique lâche.
Les écrans cassent.
Les cartes disparaissent.

La compétence est plus difficile à perdre.

Nœuds

Il y a présentement des bouts de corde d’escalade près de mon lit.
Ça sonne étrange jusqu’à ce que tu réalises à quel point c’est utile.
Quand je regarde Severance, For All Mankind, Foundation, Dark Matter ou Silo, je prends souvent une corde et je pratique des nœuds.

Pas parce que je m’attends à un sauvetage en crevasse surprise dans ma chambre.
Parce que la répétition compte.

Personne n’a jamais regretté de trop bien connaître ses nœuds.
L’inverse arrive étonnamment souvent.

Systèmes de corde

Les systèmes de corde sont un autre bon exemple.

Sauvetage en crevasse.
Systèmes de mouflage.
Systèmes d’assurage.
Transitions de corde.
Construction d’ancrages.

Ce ne sont pas des compétences qu’on apprend une fois et qu’on garde pour toujours.
Comme la navigation, elles s’améliorent par la répétition.
Et comme la navigation, elles se dégradent quand on les ignore.

Savoir comment quelque chose fonctionne en classe et le construire efficacement sous stress sont deux choses très différentes.
L’une est de la connaissance.
L’autre est de la compétence.

Les montagnes ont tendance à tester la deuxième.

Formation avalanche

La formation avalanche est un autre exemple parfait.

Compléter un cours d’avalanche n’installe pas du jugement avalanche de façon permanente dans ton cerveau.

Tu dois quand même lire les bulletins.
Tu dois quand même analyser le terrain.
Tu dois quand même prendre des décisions.
Et tu dois quand même continuer à apprendre.

Le certificat n’est pas le but.
Le processus décisionnel l’est.

Le piège du matériel moderne

Le matériel d’alpinisme moderne est incroyable.

Les GPS sont devenus meilleurs.
Les communicateurs satellites sont devenus meilleurs.
Les logiciels de cartographie sont devenus meilleurs.
Les prévisions météo sont devenues meilleures.

Le jugement humain reste obstinément difficile à automatiser.

Le matériel peut soutenir de bonnes décisions.
Il ne peut pas les remplacer.

Les compétences qui comptent

Quand les gens pensent au matériel d’alpinisme, ils imaginent souvent :

Bottes.
Crampons.
Piolets.
Harnais.
Cordes.
Casques.

Tout ça compte.

Mais le matériel lui-même est rarement le facteur limitant.
Le facteur limitant est généralement la compétence nécessaire pour l’utiliser efficacement.

Une corde n’effectue pas un sauvetage en crevasse.
Une boussole ne navigue pas.
Un DVA ne prend pas de décisions.

Les humains, oui.

La vraie leçon

Personne ne peut acheter l’expérience pour toi.
Personne ne peut acheter le jugement pour toi.
Personne ne peut acheter la compétence pour toi.

Ils peuvent acheter le même matériel.
Ils peuvent suivre les mêmes cours.
Ils peuvent regarder les mêmes vidéos YouTube.

Éventuellement, tout le monde arrive au même point :

Le matériel cesse d’aider.
Les compétences prennent le relais.

C’est pour ça que le matériel d’alpinisme le plus important n’est pas du matériel.
C’est la compétence.