La plupart des randonneurs finissent par entendre la même phrase :
« Tu n’as pas vraiment randonné tant que tu n’as pas perdu un ongle d’orteil. »
Je ne suis pas d’accord.
Fortement.
Perdre des ongles n’est pas un rite de passage.
C’est généralement un signal d’avertissement.
Et un signal que j’ai ignoré beaucoup trop longtemps.
Les bottes que j’aimais
Pendant des années, j’ai porté une paire de Vivobarefoot Tracker II.
Je les aimais.
Elles étaient légères.
Elles étaient belles.
Elles semblaient naturelles.
Et comme je passe la majorité de ma vie quotidienne soit pieds nus, soit en bas, soit dans des souliers style Converse, la sensation barefoot faisait immédiatement du sens.
Pour les randonnées d’une journée et les objectifs plus légers, elles étaient fantastiques.
Cet article n’est pas une attaque contre Vivobarefoot.
Pour le bon objectif, elles sont excellentes.
Pour mes objectifs, elles sont éventuellement devenues le mauvais outil.
La situation des ongles
Ces mêmes bottes m’ont aussi coûté mon gros orteil.
Trois fois.
À un moment donné, une personne rationnelle aurait peut-être conclu qu’il y avait un problème dans le système.
J’ai choisi une approche plus scientifique.
J’ai continué à randonner.
L’ongle a continué à perdre.
Éventuellement, j’ai appris quelque chose d’important :
Le toe bang n’est pas un rite de passage.
Les ongles manquants ne sont pas un badge d’honneur.
C’est généralement du feedback.
Le premier avertissement sur le SIA
Le premier avertissement majeur est arrivé sur le Sentier international des Appalaches en Gaspésie.
Et particulièrement autour du mont Albert.
Si tu y es déjà allé, tu sais.
Sinon :
Imagine traverser un immense champ de roches rouges tranchantes conçu par un géologue fâché avec des enjeux personnels non résolus.
Le terrain est spectaculaire.
Mes pieds étaient moins enthousiastes.
C’est là que la douleur autour de mon cinquième métatarse a commencé à attirer mon attention.
Rien de dramatique.
Juste assez persistant pour me rendre méfiante.
Le genre de problème qui te suit tranquillement pendant des jours.
Le genre de problème qui commence à poser des questions inconfortables sur tes choix de chaussures.
Puis sont arrivées les Dolomites
Le problème est devenu plus difficile à ignorer pendant l’Alta Via 1.
La même douleur au cinquième métatarse est revenue.
Longues journées, plusieurs jours consécutifs, sac chargé, longues descentes et roches sans fin. Aucun de ces facteurs n’est particulièrement technique seul, mais ensemble ils créent un environnement très différent d’une randonnée relaxe.
La douleur n’était pas catastrophique.
Mais elle était assez persistante pour que j’envisage brièvement la possibilité d’une fracture de stress.
Heureusement, ce n’était pas ça.
Après le retour, une combinaison de repos, d’orthèses de support et de milliers de pas dans des bottes à cap d’acier chez Canac a fini par régler le problème.
En trois à quatre semaines, la douleur avait complètement disparu.
Le message restait clair :
Quelque chose dans mon système de chaussures ne fonctionnait pas.
(Pour ce voyage, voir Les montagnes allaient bien. Les trains, non..)
Le confort peut mentir
C’est là que beaucoup de discussions sur les chaussures dérapent.
Les gens demandent :
« Quelle est la meilleure botte de randonnée ? »
Il n’y en a pas.
La bonne question est :
« Quelle est la meilleure chaussure pour ce terrain, cette charge et cet objectif ? »
Ce sont deux questions très différentes.
Une botte peut être confortable et quand même mauvaise.
Une botte peut être familière et quand même mauvaise.
Une botte peut être parfaite pendant une randonnée de deux heures et quand même mauvaise pour une semaine de backpacking avec une charge importante sur terrain accidenté.
Le confort compte.
Les résultats comptent plus.
La solution Zamberlan
Éventuellement, je suis passée aux Zamberlan 996 Vioz GTX.
La différence a été immédiate.
Et honnêtement, pas subtile.
Pendant des années, je compensais une instabilité chronique de ma cheville droite.
Plusieurs ligaments latéraux avaient été déchirés longtemps auparavant et ne s’étaient pas magiquement réparés.
En terrain technique, je portais souvent une attelle de cheville.
La rigidité des Zamberlan a changé l’équation.
La botte elle-même fournissait assez de support pour que je n’aie plus besoin de porter une attelle dans la botte.
Tout aussi important : le support sous charge était dramatiquement meilleur.
Surtout pendant les longues journées de backpacking.
Surtout avec un sac lourd.
Surtout sur terrain rocheux où la stabilité du pied compte plus que la sensation barefoot.
Surtout après plusieurs jours consécutifs.
Comparées aux Vivobarefoot Tracker II pour cet objectif précis, il n’y a pas vraiment de débat pour moi.
Les Zamberlan gagnent.
Facilement.
La taille compte plus qu’on pense
Une des choses les plus utiles que j’ai apprises n’avait rien à voir avec les marques.
Elle concernait la taille.
Mes Zamberlan sont deux tailles EU plus grandes que mes chaussures de ville normales.
Ça semble excessif.
Ça ne l’est pas.
Du moins pas pour moi.
La clé est de comprendre que les chaussures de backpacking et les chaussures de tous les jours règlent des problèmes différents.
Tu as besoin d’assez d’espace pour empêcher tes orteils de frapper constamment l’avant de la botte dans les longues descentes.
En même temps, ton talon doit rester verrouillé.
- Pas de heel lift significatif.
- Pas de glissement vers l’avant.
- Pas de mouvement du pied qui devient friction, ampoules ou trauma répété aux orteils.
La taille exacte qui réussit ça varie d’une personne à l’autre.
Ne copie pas aveuglément la taille de quelqu’un d’autre.
Essaie les chaussures.
Marche avec.
Charge-les.
Teste-les.
Parce que le fit compte beaucoup plus que le chiffre imprimé sur la boîte.
Le heel lock est essentiel
Beaucoup de gens blâment la botte quand le vrai problème est le fit.
Ou le laçage.
Ou les deux.
Une botte bien ajustée devrait tenir ton talon fermement tout en laissant assez d’espace dans la toe box pour les longues descentes.
Si ton talon lève trop, règle ça d’abord.
Parfois, un bon laçage règle le problème.
Parfois, des heel lifts aident à fine-tuner le fit.
Parfois, la botte n’est simplement pas la bonne pour ton pied.
La solution dépend de la cause.
Mais le toe bang répété est généralement un symptôme, pas la maladie.
(Pour corriger les problèmes de fit de bottes, voir McGyver Heel Lock : pads EVA + tape pour bottes d’expédition.)
Le contexte est tout
Ça ne veut pas dire que tout le monde devrait courir acheter des bottes lourdes en cuir.
Ça veut dire que les chaussures sont contextuelles.
Randonnée d’une journée avec un sac léger ? Une réponse.
Voyage de backpacking de plusieurs jours avec une charge importante et des roches sans fin ? Probablement une autre réponse.
Le but n’est pas de trouver la botte universellement meilleure.
Le but est de trouver le meilleur système pour l’objectif.
Terrain.
Poids du sac.
Kilométrage.
Météo.
Forme du pied.
Historique de blessures.
Tout compte.
La vraie leçon
J’ai arrêté de penser aux bottes comme des produits.
J’ai commencé à les penser comme des systèmes.
La douleur est du feedback.
Écoute-la.
Tes pieds essaient de t’aider depuis le début.
Et si tu perds des ongles à répétition, ne laisse personne te convaincre que c’est normal.
Tu peux absolument faire mieux.
Tes ongles méritent mieux.
Et franchement, tes pieds aussi.